Lorraine Delgado

Texte pour le catalogue des diplômés des Beaux-Arts de Paris - 2013

 

 

Accompagnée de son carnet de bord, Elsa Guillaume explore les mondes possibles, qu’ils soient réels ou fantasmés, comme une seule et même contrée inaccessible à faire sienne. De ses voyages résultent quantité de croquis et dessins où prolifèrent des univers hostiles, indomptés, fourmillant de créatures et de plantes sauvages : le coeur de la jungle, les pôles, le fond des océans. Le répertoire de formes qu’elle développe se propage avec la fulgurance d’un système racinaire à travers d’autres médiums et atteint son aboutissement plastique dans les volumes en terre cuite. Lors de l’exposition Morceaux, un calamar géant à la chair élastique et moelleuse, tranché en neuf parts, était la pièce d’honneur de ce qui ressemblait à un banquet marin. La découpe rendait visible l’architecture interne du céphalopode en céramique. Ses valets, des spécimens d’oursins de tailles diverses, modelés dans la même matière, dévoilaient pour certains leurs entrailles colorées. Difficile de ne pas être attiré par ces formes organiques, tout en rondeurs soyeuses, à l’humidité viscérale. Ces êtres, soumis par la main qui les a reproduits en terre, disséqués à l’envi et présentés hors de leur milieu, conservent pourtant toute leur splendeur et leur impénétrabilité. « Familier avec des merveilles plus profondes que celles des vagues, il lance son harpon dans ce qui est le plus puissant, dans des ennemis plus étranges que les baleines ». La fascination d’Achab pour Moby Dick n’a pas de fin, il est l’éternel et insondable étranger logé dans les abysses de l’être.

 

 

 

 

Débâcle - 2013